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Robert YESSOUROUN

 

1/ La première question qui me vient à l'esprit est : Qui est Robert YESSOUROUN?
Avant de faire faillite au Brésil (il jouait au poker sans regarder ses cartes), mon grand-père paternel, juif de Smyrne, monte à Paris, fasciné qu’il est par la culture française, ses lumières, sa laïcité, son universalité, son sens de la liberté. En Belgique, mes grands-parents maternels, propriétaires paysans, se cachent mutuellement leurs économies dans leur grange wallonne.
Anticlérical, mélomane, à son tour en déconfiture bancaire, frappé de la sclérose en plaques, mon père reste, toute sa vie, amoureux de ma mère, créatrice de chapeaux pour dames. A Bruxelles, elle s’élève de succès en succès, grâce à ses collections, tandis que mon père dégringole en s’accrochant à des récits de son cru, tapés à la machine (comme, sur le bureau d’un médecin, la détresse d’un homme changé en grenouille).
Sur la musique du film Spartacus, je prête serment devant un enregistreur Grundig neuf, de 17 kilos : je jure d’affranchir l’être humain du vieillissement. J’ai presque quatorze ans.
Lors d’une exposition de haute mode à Londres, ma mère rencontre dans un ascenseur son futur second mari, un Suisse, chapelier au bord de la banqueroute et de la crise cardiaque.
Appelé à Genève par le nouveau couple, je fréquente le peintre Bram van Velde vivant avec l’ex-femme du chapelier. Mon imagination se nourrit de BD et de cinéma. La poésie et la peinture me travaillent, mon sens des couleurs influencé par la créativité de ma mère.
Je commence des études de lettres, mais l’imminence de mai 68 m’oriente plutôt vers les bistrots qui m’apprennent beaucoup sur « comment changer la société ? ». Une petite amie me révèle que j’ai une tête de géologue, ce qui m’amène le lendemain à m’inscrire en Sciences de la terre. Fasciné par l’esprit scientifique, j’épouse une mathématicienne, le temps de mes études.
Entre deux contes fantastiques, je monte une pièce de théâtre, Terrebouc, dont je suis l’auteur : un four, avec des tonnes de galets sur la scène (je déteste le craquement des planches). A la fin du spectacle, est représenté un tremblement de terre. Le film Tremblement de terre sort la même année.
Ma licence ès géologie en poche, j’enseigne les mathématiques dans des écoles privées. Souvent, le soir, « Le moulin à danse » me permet de vivre au rythme carioca, sous le coup de foudre pour une jeune touriste brésilienne, qui, de tout cœur, renonce à regagner Rio.
Grâce à son chauffeur occasionnel - un de mes camarades en géologie, Jacques Tati, mon cinéaste préféré, m’invite à déjeuner. Je vis un rêve. Ma partenaire de samba me largue pour un réalisateur de la télévision suisse.
Après mes cours, je suis calmé par un aquarium grand comme une baignoire, dans lequel nagent en silence une centaine de poissons. Encore sous le vertige des ères géologiques, j’explore les cosmogonies et les créations de monde qui m’incitent à rédiger une fiction, L’Année du puma. Impubliable. Viennent les années de raffinement en compagnie d’une enseignante de français. J’avais été amoureux de sa sœur.
Doyen dans une école privée, je retourne en faculté des Lettres, avec l’espoir de comprendre mes échecs littéraires récurrents.
Sur un court de tennis, j’échange des balles avec ma future seconde épouse. Nous nous aimons en partageant notre sens de la saveur et du terroir. Bientôt naît ma fille unique, Alice, dont le prénom est une invitation au monde à la fois poétique et mathématique de Lewis Carroll. Son idéal d’adulte : à Londres, créer pour la BBC.
Mon doctorat sur la dissertation me permet de former des professeurs et d’enseigner la « psychologie de la composition » à l’université de Genève. Forcé par ma mère de quitter l’appartement qu’elle me louait, je compense en m’offrant une salle de cinéma dans mon nouveau logis.
Une souscription rend possible la publication de La Tondeuse du général de Gaulle, un roman fantastique raté, sur-écrit, difficile à comprendre, marqué par une tendance à la dépression. A compte d’auteur, Les Mouettes volent-elles dans le brouillard ?, clin d’œil à ma fille en crise, connaît cinq lecteurs.
Un plus grand succès s’annonce avec La Joueuse de chimèresLe Clou du spectacle et Rêver sur son volcan…, trois romans de science-fiction plutôt drôles, à compte d’éditeur.
2/ Depuis quand écrivez-vous ?
Depuis l’âge de 11-12 ans.
3/ Est ce la première fois que vous éditez un ouvrage ?
Non, mon premier roman a été publié il y a 7 ans (La Tondeuse du général de Gaulle)
4/ Quel est le conseil le plus important qu'on-vous-ai donné ?
Ne pas « sur-écrire » son texte.
5/ Vous avez sûrement des habitudes, des rituels... Comment travaillez-vous ? 
Chaque matin, d’abord au stylo vert dans mon carnet de notes, puis sur mon clavier, par tranche de deux, trois pages, pas plus. Je relis, corrige, réécris beaucoup, doutant du premier jet.
6/ D'où puisez-vous votre inspiration ?
D’une situation imaginaire exprimant un désir ou une crainte. Je veille à ce que l’humour s’en mêle.
7/ Comment construisez-vous vos personnages ?
Certains, à partir de personnages réels observés, d’autres sont assujettis à une fonction, par exemple, ils contrastent avec les premiers. Mais le plus souvent, ils se construisent très lentement, par petites touches qui les complexifient.
8/ Vous identifiez-vous à eux ?
Oui, souvent. J’adopte leur point de vue, leurs réactions.
9/ Quel conseil donneriez-vous aux amateurs d'écriture ?
Ne pas céder à l’air du temps. Se libérer des clichés en vogue, de la mode littéraire.
10/ Quels sont vos auteurs préférés ?
Jean-Philippe Toussaint, Douna Loup, Michel Houellebecq, Jean Tardieu.
11/ Que lisez-vous en ce moment ?
Michel Bussi, Nymphéas noirs.
12/ Pouvez-vous nous parler de votre dernier livre publié ?
Rêver sur son volcan… (mai 2014)
Selon Freud, quand on n’est pas dans la réalité, c’est qu’on est fou (je simplifie). Pour disqualifier quelqu’un, on dit qu’il n’est pas dans la réalité. Par exemple, pour les Américains, Poutine n’est pas dans la réalité. Pour le Russe Lavrov, les Américains ne sont pas dans la réalité. En fait, ils ont tous raison, le problème, c’est que personne n’est dans la réalité. Paradoxalement, c’est une question de survie. C’est la « thèse » de Rêver sur son volcan…
En voici le synopsis :
Dur, pour une adolescente orpheline, d’habiter la demeure de sa grand-mère démente sur une île volcanique… Mais quel choc, quand, un matin, la jeune fille se découvre seule dans la maison ! Même son petit frère handicapé a disparu. Et, dehors, en pleine tempête, la foudre frappe… Craignant le pire, malgré l’orage, entre deux éruptions, elle se risque à la recherche de la famille qui lui reste.
Le comble, c’est qu’au couchant, trempée jusqu’à l’os, sous le regard de pépiniéristes en cagoule, elle traverse les vapeurs d’une plante mystérieuse, lesquelles l’emportent vers d’autres époques de la même île. Ainsi, au moins 40 ans plus tôt, sur la plage de cendre par une nuit calme, elle se retrouve dans une fête hippie où chaque chevelu, plus qu’éméché, défait le monde.
Mais comment « rentrer » pour secourir les siens dans l’intempérie ? Hélas, l’éloignement de son siècle ne fait que s’amplifier : bientôt plongée au Moyen âge par les effluves de l’étrange végétal, l’adolescente permet à un chevalier banni de retrouver sa quête perdue.
Combien de rêveurs, combien de fous qui émergent des profondeurs séculaires devra-t-elle aider, avant de regagner la route vers sa réalité quotidienne, vers sa grand-mère sénile et son petit frère si fragile, au pied du volcan bourré de lave sous le tonnerre ?
13/ Où peut-on se le procurer ?
Soit sur Amazon.fr, sur Fnac.com ou plus simplement ici :
http://editions-assyelle.com/Page_Volcan.htm
14/ Travaillez-vous de nouveaux projets ?
Oui, deux romans sont en attente de publication. « Le Paradis du Diable ? » et « Un Village proche des étoiles »
Par ailleurs, j’ai envoyé quatre nouvelles à différentes revues :
Rien n’est plus étrange que le réel, L’Appétit de pérennité, Les Avocats mécaniques et Holly Dreams.
15/ Avez-vous des dates d'événements à venir ?
Non, rien de précis, sinon des publications pour 2015.
16/ Où on peut suivre vos actualités ?

Nulle part, sinon peut-être ici : http://editions-assyelle.com/

 

 

Nous remercions  Robert Yessouroun d'avoir accepté de nous consacrer un peu de son temps pour répondre à notre interview. 
 
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24/10/2014
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